Depuis un cinquième étage, Paris ne se regarde plus tout à fait de la même manière. La ville s’éloigne de son agitation pour devenir un paysage de fenêtres éclairées, de façades nocturnes et de silhouettes saisies dans le rythme du quotidien. Avec Le cinquième étage, la SLOW Galerie invite Paul Duru à porter son regard sur la ville qui l’a vu naître et qu’il ne cesse d’observer, de parcourir et de dessiner.
L’exposition réunit trois ensembles complémentaires : les intérieurs des petits appartements parisiens, la ville la nuit sous la pluie et une série de petits formats conçus comme un carnet de voyage au sein de Paris. Entre chaleur du refuge et hostilité du dehors, la fenêtre devient le point de passage d’un monde à l’autre
Le cinquième étage est le point de bascule de l’exposition. Il relie deux visages de Paris que Paul Duru connaît intimement et qui, malgré leur opposition apparente, restent indissociables lorsque l’on vit dans la capitale : l’intérieur et l’extérieur, la lumière et l’ombre. Ni tout à fait au cœur de la rue, ni complètement retiré du monde, cet étage offre un poste d’observation privilégié. Les perspectives se dégagent, les bruits s’atténuent et l’attention se porte sur des vues que l’on finit par ne plus regarder parce qu’elles appartiennent au quotidien : une pièce façonnée par celui qui l’habite, le linge qui sèche, un reflet sur un trottoir mouillé ou une fenêtre qui s’allume à la tombée du jour.
La première partie de l’exposition rend hommage aux petits appartements parisiens : les mansardes, les espaces où chaque mètre carré est optimisé et ceux auxquels on accède après cinq étages sans ascenseur. Paul Duru a travaillé à partir de son propre appartement, qui porte la trace de ses habitudes et raconte une part de sa vie.
« C’est une forme de portrait, mais un portrait en décors »,
résume l’artiste
Réalisés à l’encre dans une palette chaude, ces dessins s’attardent sur les détails qui donnent sa personnalité à un lieu : une tasse de thé, un repas posé sur une table basse, des objets accumulés ou le linge étendu. Depuis les fenêtres apparaissent les toits, les vis-à-vis, les couchers de soleil et les autres habitants du cinquième étage : les pigeons, que l’artiste observe autant qu’ils semblent l’observer. Pour la première fois dans son travail, Paul Duru introduit des personnages dans ses illustrations. Il les peint sur celluloïd, un support transparent hérité du cinéma d’animation traditionnel, puis le superpose au décor. Cette technique laisse l’appartement exister indépendamment de ceux qui le traversent. Présente ou absente, la figure humaine ne modifie pas le rôle principal attribué au lieu : les habitants vont et viennent, l’appartement reste et continue de vivre au fil des lumières du jour et de la nuit.
À la chaleur des intérieurs répond une ville nocturne, pluvieuse et plus hostile. Après avoir longtemps dessiné Paris sous le soleil et la lumière de fin d’après-midi, Paul Duru déplace ici son regard vers les lumières artificielles : feux tricolores, phares de voitures et fenêtres qui s’allument dès la fin de journée en hiver. Sous la pluie, ces sources lumineuses se diffractent sur les trottoirs, les pare-brise et les vitres couvertes de gouttes. Les couleurs se mêlent jusqu’à repousser l’obscurité et font apparaître une ville mouvante, perçue par éclats. Pour cet ensemble, présenté dans des formats plus grands, l’artiste abandonne la précision du papier au profit de la feutrine travaillée au crayon de couleur. La matière l’oblige à renoncer au détail, pourtant central dans sa pratique, pour penser en masses colorées. Les formes se dissolvent et ne laissent en mémoire que des dominantes rouges, jaunes ou vertes, comme lorsqu’on traverse la ville en courant sous l’averse.
Un dernier ensemble rassemble de petits formats consacrés à des scènes et à des détails repérés ces dernières années, à l’intérieur comme à l’extérieur. Issus de croquis ou de photographies prises au hasard de ses déplacements, ils renouent avec le carnet de voyage, l’un des formats de prédilection de Paul Duru. Le voyage se déroule cette fois dans la ville où il est né. Ces œuvres ponctuent l’exposition comme des respirations entre les grands formats nocturnes. Elles ramènent le regard vers la poésie discrète du quotidien et referment le parcours sur le mouvement qui le structure : quitter l’appartement, affronter la ville, puis revenir vers ce refuge, aussi exigu soit-il.