Du 18 juin au 8 septembre, la SLOW Galerie République présente une exposition personnelle de l’illustratrice Lucille Clerc. Avec Pétrichor, l’artiste donne forme à ce phénomène naturel à travers une série d’illustrations inédites, conçues spécifiquement pour l’exposition. Elle y explore le lien intime entre les corps, les paysages et les sensations diffuses. La pluie agit comme un déclencheur : elle révèle ce qui était enfoui, apaise et transforme l’espace ordinaire en territoire sensible.
Le pétrichor se produit lorsque plusieurs éléments se combinent : la pluie tombe sur la terre et les pierres, dégageant l’odeur particulière de terre mouillée, et les huiles naturelles des plantes se libèrent au contact de l’eau. En cas d’orage, les éclairs peuvent également participer à ce phénomène en activant certaines réactions chimiques dans l’air. De cette rencontre naît cette sensation invisible d’atmosphère chargée, que l’exposition traduit en images.
On y découvre de vastes ciels plus ou moins cotonneux, des paysages de campagne aux verts éclatants, des lichens aux tons gris-vert et jaune safran, des mousses délicates, et la présence de l’eau sous toutes ses formes, à la fois comme sujet et comme médium.
Le voyage de Pétrichor
Conçue comme un parcours en chapitres, l’exposition personnifie Pétrichor sous les traits d’une nymphe, figure insaisissable et gardienne de la nature.
Elle apparaît d’abord par fragments, à travers une série de portraits où sa silhouette se devine sans jamais se fixer, comme une ballerine qui sautille, un ballet de lucioles, à la nuit tombée.
Le parcours se poursuit au ras du sol, avec une série dédiée aux mousses et aux microcosmes : des détails d’abord imperceptibles, qui révèlent, à y regarder de plus près, des structures végétales et des germinations, formant autant de paysages sous nos pieds.
En parallèle, des vues plus larges déploient des paysages après la pluie : forêts, sols soulevés et miroirs d’eau, alternant avec des études plus intimes qui suggèrent les sons et les parfums de ces instants suspendus.
Au fil de cette progression, des pavillons ponctuent le chemin : architectures hybrides, entre roche et végétal, comme des mondes miniatures à traverser. Partout, Pétrichor laisse des traces de son passage, que ce soit des dépôts, des mues, des strates de fleurs, d’écorces et de feuilles. Pendant ce temps, un ensemble de compositions proches du journal enregistre ces transformations à partir de matières naturelles. Le voyage invite enfin vers l’infiniment petit, avec une série en cyanotype inspirée des boîtes de Pétri, où les formes contenues dans la pluie changent d’échelle.
Les œuvres sont réalisées à partir de techniques variées, en lien avec des matériaux naturels : sérigraphie à base d’eau, gravure en pointe sèche, tirages pigmentaires giclée, ainsi qu’une série d’encres naturelles fabriquées à partir d’éléments collectés puis décantés dans l’eau de pluie.
Avec Pétrichor, Lucille Clerc propose une expérience attentive : ralentir, observer ce qui ne se perçoit pas immédiatement, et se laisser traverser par des sensations familières mais souvent oubliées.
Texte par Camille Delory